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L’État pourrait-il stopper Bitcoin ? (Partie 2)

Stopper Bitcoin? Pas si simple…

Une question que j’entends souvent est « Comment l’État pourrait-il stopper Bitcoin » ?

Premièrement, il faut définir comment l’État s’y prendrait pour stopper Bitcoin. Il existe plusieurs vecteurs d’attaque potentiels sur Bitcoin :

  1. L’aspect cryptographique – voir le billet précédent : L’État pourrait-il stopper Bitcoin? (partie 1)
  2. Le réseau Bitcoin
  3. La couche du consensus Bitcoin
  4. Législation

 

2. Le réseau Bitcoin

Le réseau Bitcoin est un réseau informatique point-à-point (Peer-to-Peer),  Le réseau nécessite une structure minimale pour partager les transactions. Un réseau ad hoc décentralisé de volontaires est suffisant. Les messages sont diffusés selon le meilleur effort, et les nœuds peuvent partir et rejoindre le réseau à volonté. Lors de la reconnexion, un nœud télécharge et vérifie les nouveaux blocs d’autres nœuds pour compléter sa copie locale de la blockchain. En d’autres mots, la particularité du réseau Bitcoin est qu’il est décentralisé et distribué sur des dizaines de milliers d’ordinateurs partout dans le monde.

 

Distribution des nodes Bitcoin dans le monde. Source : https://bitnodes.earn.com

Filtrer le trafic Internet à la source

Puisqu’il est physiquement peu probable que l’État puisse s’attaquer à chacune des nodes Bitcoin sur son territoire, un angle d’attaque sur le réseau demeure à sa portée : Imposer un contrôle sur le trafic Internet directement à la source. Il est difficile de prévoir comment une telle opération se déroulerait mais disons qu’un simple décret gouvernemental permettrait d’imposer aux fournisseurs Internet un filtre qui limiterait le trafic impliquant des nodes Bitcoin. Un papier académique récent publié par 3 chercheurs de l’ETH Zurich et The Hebrew University présente un cas convaincant d’attaque du réseau Bitcoin via le routage Internet :

« Alors que beaucoup vecteurs d’attaque ont déjà été découverts, un vecteur important a été omis cependant: attaquer la monnaie via l’infrastructure de routage Internet elle-même. En effet, en manipulant la publication du routage (détournements BGP) ou en interceptant naturellement le trafic, Les systèmes autonomes (AS) peuvent intercepter et manipuler une grande partie du trafic Bitcoin…  » Extrait de Hijacking Bitcoin: Routing Attacks on Cryptocurrencies, Apostalaki, Zohar, Vanbever, 2017

Verdict :

Bien que ce soit le vecteur d’attaque le plus accessible et le plus abordable pour l’État, imposer un filtre directement à la source des fournisseurs Internet aurait vraisemblablement des conséquences politiques non-négligeables pour le gouvernement qui l’implanterait. Premièrement, ce n’est pas une opération qui pourrait se faire « en douce », en dehors de l’attention médiatique et publique. L’État devrait obtenir un décret pour imposer arbitrairement un filtre dans l’infrastructure de routage qui se situe principalement chez les fournisseurs d’accès Internet qui sont en très grande majorité des entreprises privées. Deuxièmement, un tel décret déclencherait une série de manifestations par une multitude de groupes défendant la liberté et la neutralité d’Internet (« Net neutrality ») et positionnerait le Canada de façon extrêmement défavorable sur la scène internationale. Si le gouvernement fédéral hésite à imposer la perception de la taxe de vente à Netflix par crainte de réactions négatives de ses consommateurs (et électeurs), on peut penser qu’il va y penser à deux fois avant d’imposer une censure arbitraire du trafic Internet public.

À noter que la communauté Bitcoin s’affaire déjà à se prémunir contre une telle attaque potentielle. L’entreprise Blockstream a récemment lancé une initiative visant à offrir un lien satellite vers le réseau Bitcoin, contournant ainsi l’infrastructure de routage Internet que l’État pourrait tenter de censurer.

À suivre…

Par : 

Jonathan Hamel
Fondateur, Académie Bitcoin

Twitter : @jhamel 

 

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